Article initialement publi¨¦ sur ONU Info en mars 2024

Alors que le monde entier s'inqui¨¨te de l'augmentation alarmante de la faim dans les communaut¨¦s touch¨¦es par les conflits et que l'on parle d'une intensification de l'ins¨¦curit¨¦ alimentaire pouvant conduire ¨¤ la famine, nous avons cherch¨¦ ¨¤ savoir comment et quand la faim est qualifi¨¦e de famine.

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Alors que le dernier rapport du Cadre int¨¦gr¨¦ de classification de la s¨¦curit¨¦ alimentaire (IPC) sur la s¨¦curit¨¦ alimentaire dans la bande de Gaza depuis d¨¦cembre vient de paraitre, l'Economiste en chef du Programme alimentaire mondial (), Arif Husain, a expliqu¨¦ ¨¤?ONU Info?le processus d¡¯¨¦valuation de la situation dans l¡¯enclave ravag¨¦e par la guerre depuis octobre.

Quel est le seuil de la famine ?

La famine est un terme technique qui fait r¨¦f¨¦rence ¨¤ une population confront¨¦e ¨¤ une malnutrition g¨¦n¨¦ralis¨¦e et ¨¤ des d¨¦c¨¨s li¨¦s ¨¤ la faim en raison d'un manque d'acc¨¨s ¨¤ la nourriture.?

??Nous disons qu'il y a famine lorsque trois conditions sont r¨¦unies dans une zone g¨¦ographique sp¨¦cifique, qu'il s'agisse d'une ville, d'un village, d'une cit¨¦, ou m¨ºme d'un pays??, explique M. Husain.

  • Au moins 20% de la population de cette zone est confront¨¦e ¨¤ des niveaux extr¨ºmes de faim ;
  • 30% des enfants du m¨ºme endroit sont amaigris ou trop maigres pour leur taille ; et
  • Le taux de mortalit¨¦ a doubl¨¦ par rapport ¨¤ la moyenne, d¨¦passant deux d¨¦c¨¨s pour 10.000 habitants par jour pour les adultes et quatre d¨¦c¨¨s pour 10.000 habitants par jour pour les enfants.

??Vous pouvez clairement voir que, d'une certaine mani¨¨re, la famine est l'aveu d'un ¨¦chec collectif??, a-t-il d¨¦clar¨¦. ??Nous devrions agir bien avant la famine, afin que les gens ne meurent pas de faim, que les enfants ne soient pas ¨¦maci¨¦s et que les gens ne meurent pas de causes li¨¦es ¨¤ la faim??.

Comment la faim est-elle surveill¨¦e ?

Les famines d'aujourd'hui sont diff¨¦rentes de celles des ann¨¦es 1970 ou 1980, lorsque la s¨¦cheresse ¨¦tait la principale cause de famine en Ethiopie et dans d'autres pays, a expliqu¨¦ M. Husain ¨¤?ONU Info,?ajoutant qu'il y a quelques ann¨¦es, lorsqu'une famine survenait, ??nous pouvions dire : 'Je suis d¨¦sol¨¦. Je ne savais pas. Si j'avais su, j'aurais fait quelque chose'??.

??Aujourd'hui, nous voyons les crises en temps r¨¦el et nous ne pouvons donc pas dire que nous ne savions pas??, a-t-il ajout¨¦. ??La responsabilit¨¦ est beaucoup plus grande aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais ¨¦t¨¦ auparavant??.

L'ins¨¦curit¨¦ alimentaire li¨¦e au climat est d¨¦sormais ¨¦troitement surveill¨¦e gr?ce ¨¤ un syst¨¨me de suivi d¨¦taill¨¦ utilis¨¦ par les agences humanitaires internationales partout o¨´ elles travaillent, et aujourd'hui, les famines ou les risques de d¨¦veloppement d'une famine sont en grande partie dus ¨¤ des conflits, comme on l'a vu au Soudan du Sud, au Y¨¦men et maintenant dans le Territoire palestinien occup¨¦.

Au XXIe si¨¨cle, les famines li¨¦es au climat ont ¨¦t¨¦ en grande partie ¨¦vit¨¦es gr?ce ¨¤ un outil innovant de suivi de la faim aigu?, mis au point lors de la crise en Somalie en 2004 par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture () et d¨¦sormais utilis¨¦ par les agences humanitaires du monde entier.

Cette initiative s'appelle le Cadre int¨¦gr¨¦ de classification de la s¨¦curit¨¦ alimentaire, ou IPC.

Qu'est-ce que l'IPC ?

L'IPC est une initiative multipartenaires innovante visant ¨¤ am¨¦liorer l'analyse et la prise de d¨¦cision en mati¨¨re de s¨¦curit¨¦ alimentaire et de nutrition.

La classification et l'approche analytique de l'IPC permettent aux gouvernements, aux agences des Nations Unies, aux organisations non gouvernementales, ¨¤ la soci¨¦t¨¦ civile et ¨¤ d'autres acteurs concern¨¦s de travailler ensemble pour d¨¦terminer la gravit¨¦ et l'ampleur des situations d'ins¨¦curit¨¦ alimentaire aigu? et chronique et de malnutrition aigu? dans un pays, conform¨¦ment aux normes internationalement reconnues.

D¨¦velopp¨¦e ¨¤ l'origine en 2004 pour ¨ºtre utilis¨¦e en Somalie par la FAO, l'initiative s'est ¨¦tendue ¨¤ plus de 30 pays. Un partenariat mondial de 19 organisations dirige le d¨¦veloppement et la mise en ?uvre de l'IPC aux niveaux mondial, r¨¦gional et national.

En plus de 20 ans d'application, l'IPC s'est r¨¦v¨¦l¨¦ ¨ºtre l'une des meilleures pratiques dans le domaine de la s¨¦curit¨¦ alimentaire mondiale et un mod¨¨le de collaboration dans plus de 30 pays d'Am¨¦rique latine, d'Afrique et d'Asie.

L'IPC permet de suivre l'¨¦volution de la faim, mais aussi de tirer la sonnette d'alarme en cas de malnutrition aigu? g¨¦n¨¦ralis¨¦e, avant qu'elle ne se transforme en une situation plus grave mettant la vie en danger.

Comment fonctionne l'IPC ?

L'IPC ne collecte pas lui-m¨ºme de donn¨¦es. Les informations proviennent de ses partenaires humanitaires op¨¦rant sur le terrain.

Les informations peuvent porter sur la s¨¦curit¨¦ alimentaire, la nutrition, la mortalit¨¦ et les moyens de subsistance des populations, ainsi que sur l'apport calorique, les strat¨¦gies d'adaptation utilis¨¦es pour trouver de la nourriture et la mesure des bras des enfants pour surveiller la malnutrition, connue sous le nom de circonf¨¦rence m¨¦diane et sup¨¦rieure du bras, ou MUAC (circonf¨¦rence du bras entre le milieu et la partie sup¨¦rieure du bras).

??La collecte de donn¨¦es ne s'arr¨ºte pas, m¨ºme dans les zones de guerre??, a d¨¦clar¨¦ M. Husain.

Dans les cas o¨´ les lieux sont inaccessibles, des enqu¨ºtes par t¨¦l¨¦phone portable sont men¨¦es pour obtenir des informations, et si cela n'est pas possible, des satellites peuvent g¨¦n¨¦rer des informations.

Les experts techniques des partenaires de l'IPC analysent un grand nombre de donn¨¦es pour mieux informer les d¨¦cideurs qui peuvent r¨¦pondre efficacement aux besoins sur le terrain, en vue d'¨¦viter un sc¨¦nario catastrophe.

Les experts de l'IPC se r¨¦unissent ensuite pour analyser les donn¨¦es et classer les populations en cinq cat¨¦gories : la premi¨¨re phase correspond ¨¤ un stress minime ou nul ; la deuxi¨¨me phase correspond ¨¤ un stress li¨¦ ¨¤ la recherche de nourriture ; la troisi¨¨me phase correspond ¨¤ une crise alimentaire ; la quatri¨¨me phase correspond ¨¤ une situation d'urgence ; et la cinqui¨¨me phase est consid¨¦r¨¦e comme une catastrophe ou une famine.

En fonction de la proportion de la population dans chacune des cinq phases, les zones g¨¦ographiques se voient ¨¦galement attribuer une phase de gravit¨¦, pr¨¦sent¨¦e par diff¨¦rentes couleurs sur la carte de l'IPC, de la phase la moins grave ¨¤ la plus grave (minimale, stress, crise, urgence et famine).?

Chacune de ces classifications des phases des zones g¨¦ographiques a des implications importantes et distinctes sur le lieu et la mani¨¨re d'intervenir au mieux, et influe donc sur les objectifs prioritaires de la r¨¦ponse.

Comit¨¦ d'examen de la famine

En cas de suspicion de famine, une ¨¦tape suppl¨¦mentaire est franchie : le comit¨¦ d'examen de la famine de l'IPC est sollicit¨¦.

Compos¨¦ d'experts mondialement reconnus dans leurs domaines, de la nutrition et de la sant¨¦ ¨¤ la s¨¦curit¨¦ alimentaire, le comit¨¦ se r¨¦unit lorsque plus de 20% des personnes touch¨¦es sont en phase cinq de l'IPC, c'est-¨¤-dire en situation de famine ou de catastrophe.

Le processus fond¨¦ sur le consensus exige que tous les partenaires s'entendent sur une conclusion que le comit¨¦ d'examen de la famine v¨¦rifie.

Le comit¨¦ se r¨¦unit et examine toutes les donn¨¦es et analyses fournies par les partenaires de l'IPC afin de d¨¦terminer si les conclusions sont cr¨¦dibles et si les donn¨¦es justifient une classification de famine ou une classification de famine plausible. Les experts d¨¦crivent ensuite la situation actuelle et proposent des projections pour les trois ou six mois ¨¤ venir, comme dans le rapport de l'IPC sur Gaza en d¨¦cembre.

Comment les organisations humanitaires r¨¦agissent aux alertes ¨¤ la faim

Les agences humanitaires utilisent ces pr¨¦cieuses classifications de l'IPC pour planifier et aider les populations ¨¤ partir de la phase trois de la crise, dans le but sp¨¦cifique d'¨¦viter une famine.

??Ce que nous essayons de faire, c'est d'atteindre les gens, afin de ne jamais avoir ¨¤ faire face ¨¤ une situation de famine, ou ¨¤ la phase cinq de l'IPC??, a d¨¦clar¨¦ M. Husain. ??Nous travaillons tr¨¨s, tr¨¨s dur au niveau de la crise et certainement au niveau de l'urgence pour sauver la vie des gens afin qu'ils n'atteignent pas la phase 5 de l'IPC, qui est class¨¦e comme une famine??.

Pour ce faire, il faut augmenter l'aide alimentaire.

??Lorsque nous le faisons, nous pouvons sauver des vies??, a-t-il d¨¦clar¨¦.?

Objectif final : la pr¨¦vention

Alors que les besoins restent ¨¦lev¨¦s, selon les estimations du PAM, 309 millions de personnes dans 72 pays sont confront¨¦es ¨¤ un niveau de faim correspondant ¨¤ une situation de crise ou pire.?

Pour l'Economiste en chef du PAM, l'objectif final est la pr¨¦vention.

??Si nous voulons ¨¦viter ces famines, le moyen le plus simple serait d'arr¨ºter les conflits??, a dit M. Husain, ? mais si cela doit prendre du temps, alors il est de notre responsabilit¨¦ de nourrir les innocents, de fournir de l'eau et des produits de premi¨¨re n¨¦cessit¨¦ comme des m¨¦dicaments aux personnes qui sont bloqu¨¦es dans ces endroits ou qui peuvent ¨ºtre d¨¦plac¨¦es de ces endroits ?.

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